Choc : l’Europe prête à augmenter les pesticides dans votre miel (acétamipride en cause)

Une décision de l’Union européenne suscite de vives réactions : les niveaux autorisés d’un pesticide controversé, l’acétamipride, dans le miel vont être augmentés. Alors même que les soupçons sur sa toxicité s’intensifient, l’UE choisit de remonter ses seuils. Le sujet fait débat, surtout chez les apiculteurs et les défenseurs de l’environnement.

Qu’est-ce que l’acétamipride et pourquoi fait-il polémique ?

L’acétamipride appartient à la famille des néonicotinoïdes, parfois appelés « pesticides tueurs d’abeilles ». Interdit en France depuis 2018 pour son impact sur les pollinisateurs, ce produit reste toutefois autorisé dans l’Union européenne et dans de nombreux pays.

L’acétamipride contamine le sol, l’eau, mais aussi le nectar des fleurs et le pollen. Lorsqu’une abeille butine une fleur contaminée, elle ramène ces résidus à la ruche. Ils finissent alors dans le miel consommé par les humains, y compris les enfants.

Des seuils revus à la hausse : de 0,05 à 1 mg/kg

Déjà en juillet, la Commission européenne avait revu à la hausse la limite autorisée d’acétamipride dans le miel, passant de 0,05 mg/kg à 0,3 mg/kg. Désormais, elle compte aller encore plus loin : 1 mg par kilo de miel. C’est une augmentation de 20 fois par rapport au seuil d’origine.

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Cette décision a été validée au Parlement européen le 18 décembre 2025, malgré une tentative d’objection portée par plusieurs eurodéputés, dont Marie Toussaint et Christophe Clergeau.

Que dit la science sur ce pesticide ?

L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) elle-même a recommandé en mai 2024 de diviser par cinq la dose journalière admissible d’acétamipride, en raison des incertitudes sur ses risques pour la santé humaine.

Des études ont détecté des traces de cette substance dans l’urine de nouveau-nés et même dans le liquide céphalo-rachidien d’enfants. L’EFSA enquête également sur sa possible neurotoxicité et ses effets de perturbation endocrinienne, mais les résultats ne sont pas encore publiés.

Des doutes sur l’indépendance de la décision

La demande de rehaussement des seuils vient de Albaugh Europe Sarl, filiale d’une entreprise agrochimique américaine. Elle a fourni les données scientifiques à l’EFSA pour appuyer sa requête. Cela soulève la question de l’indépendance de la recherche.

Albaugh produit des pesticides commercialisés en dehors de l’UE, comme au Brésil, en Inde ou encore en Argentine. Ses intérêts économiques suscitent donc une méfiance chez certains représentants européens.

Le malaise des apiculteurs

Du côté des apiculteurs français, l’inquiétude est palpable. Muriel Pascal, apicultrice bio en Lozère, s’alarme : « 1 mg par kilo, c’est énorme ! ». Elle souligne l’absence de recherches sur les effets à long terme de cette dose sur les colonies d’abeilles.

En effet, même si l’acétamipride est moins toxique à court terme que d’autres néonicotinoïdes, les effets sublétaux – moins visibles mais potentiellement dévastateurs – restent peu documentés. Ces effets peuvent affaiblir la colonie, nuire à la reproduction ou favoriser les maladies.

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Pourquoi cette décision maintenant ?

L’une des hypothèses avancées par les eurodéputés est que la Commission cherche à ouvrir le marché au miel importé, notamment en provenance d’Ukraine ou d’Asie. Ces produits contiennent souvent plus de résidus de pesticides, voire sont coupés avec du sucre.

Un rapport de 60 Millions de consommateurs en 2025 a mis en évidence la présence d’acétamipride dans plusieurs miels importés. En remontant les seuils en Europe, ces produits deviennent plus facilement légaux sur le marché européen.

Vers un précédent dangereux pour l’agriculture ?

Pour Jean-Marc Bonmatin, toxicologue au CNRS, cette décision envoie un mauvais message : « Les agriculteurs vont croire qu’ils peuvent utiliser davantage de produits chimiques ». Cela pourrait entraîner davantage d’usage de pesticides dans le secteur agricole.

Le levier économique prime-t-il ici sur le principe de précaution ? Beaucoup pensent que oui. Et les conséquences pourraient se faire sentir autant sur l’environnement que sur notre santé.

Un choix entre santé publique et commerce

Ce réhaussement du seuil d’acétamipride dans le miel pose une question centrale : faut-il assouplir les normes pour faciliter les échanges commerciaux, quitte à exposer les consommateurs à des résidus chimiques ?

En l’absence de résultats clairs sur les risques à long terme de cette molécule, beaucoup plaident pour un retour au principe de précaution. Une mesure qui protégerait à la fois les abeilles, les apiculteurs, et les consommateurs — surtout les enfants, qui consomment fréquemment du miel.

Affaire à suivre, car le débat n’est pas clos. D’autres voix pourraient bientôt s’élever contre une décision jugée déconnectée des attentes citoyennes en matière de sécurité alimentaire.

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Céleste D.
Céleste D.

Infirmière passionnée, Céleste a consacré plusieurs années à préparer des candidats aux concours infirmiers. Son approche pédagogique et bienveillante fait d'elle une référente dans le domaine. Elle partage ici ses astuces et conseils pour maximiser vos chances de réussite.