Ils fuient la guerre et deviennent paysans en France (leur parcours bouleverse)

Dans l’ombre de l’aéroport de Roissy, un petit morceau de terre devient un symbole d’espoir. Là-bas, des personnes exilées, venues de pays en guerre, s’engagent dans une transformation bouleversante. Elles prennent une bêche, nettoient une friche, sèment des graines. Leur but ? Devenir paysans. Oui, en France. Non par nostalgie, mais pour exister, construire un avenir, et défier un système qui trop souvent les laisse au bord de la route.

Une terre, des mains, une histoire

À Mitry-Mory, en Seine-et-Marne, une parcelle de 2 820 m² a été cédée par la ville à l’association A4 (Accueil en Agriculture et Artisanat). Elle était envahie par les ronces, marquée par l’abandon. Aujourd’hui, elle est en cours de renaissance grâce à une trentaine de bénévoles et membres actifs sur le terrain.

Le but est clair : rendre la terre cultivable, installer une serre, planter des semis, et créer une activité agricole. Modeste, oui. Mais réelle. Testée. Partagée. Adaptée aux réalités d’un monde bouleversé par les sécheresses, le déracinement et l’exclusion.

A4 : un projet pour ceux que le système oublie

L’association A4 a été fondée en 2022 avec une mission forte : offrir un espace d’autonomie aux personnes exilées. Pas juste un soutien temporaire, mais un cadre où elles peuvent apprendre, travailler, et surtout reprendre le pouvoir sur leur vie.

  • Formations agricoles et artisanales
  • Accompagnement administratif
  • Création de revenus grâce à la vente de produits locaux
  • Projets agricoles menés collectivement
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Le terrain de Mitry-Mory, trop petit pour générer un revenu suffisant, est néanmoins un premier pas. Il sert à expérimenter, à échanger, à apprendre. Et surtout, à planter un rêve plus large : celui d’essaimer d’autres micro-fermes à travers la France.

Le poids des papiers… et ceux qui n’en ont pas

En France, sans titre de séjour, il est interdit de travailler. Pourtant, pour être régularisé, il faut prouver une activité salariée. Cette contradiction étouffe de nombreuses personnes migrantes, les transformant en main-d’œuvre bon marché et corvéable.

Des témoignages bouleversants illustrent cette réalité : Backo, passé par la galère en Espagne et en France, confie avoir gardé une maison pour 150 € par mois. Habib, autre membre actif, souligne : « Ceux qui ont les bons passeports traversent le monde. Nous, on ne peut que traverser pour ramasser les miettes. »

Des rêves concrets enracinés dans la solidarité

Chaque geste sur le terrain parle d’avenir. Sambala rêve d’un restaurant accessible à tous. Koné, boulanger sans papiers diplômé, espère un jour faire du pain au grand jour. Ces projets sont portés par un réseau actif :

  • Groupes locaux à Grenoble, Anjou, Lyon, Centre-Bretagne, Île-de-France
  • Un noyau dur d’une quinzaine de membres
  • Cinq salariés aujourd’hui, huit bientôt

Et malgré les attaques racistes reçues à Lannion, malgré les frustrations liées à l’accès à la terre, ils persistent. Agathe, bénévole, le résume simplement : « On veut voir ce qu’on peut faire ensemble. Nos décisions se construisent collectivement. »

Semer pour résister autrement

L’exil, la guerre, les frontières… tout cela ne les définit pas entièrement. A4 s’inspire aussi de leurs savoir-faire agricoles oubliés. Dans leurs valises, ces femmes et ces hommes ont apporté des semences : gombo, bissap, mil, fonio, résistants à la sécheresse.

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Ces graines du Sahel sont actuellement testées sur deux terrains, dont un à Villetaneuse. Objectif : identifier des cultures résilientes, utiles face aux changements climatiques. Les traditions du Sud, longtemps dénigrées, trouvent ici un espace pour revivre.

Une lutte politique enracinée dans la terre

Ce projet n’est pas caritatif. Il ne distribue pas une aide à des « pauvres » en détresse. Il affirme une idée forte : les personnes concernées doivent mener la danse, décider, agir, refuser les cadres paternalistes. Deux axes guident cette intention :

  • Former les exilé·es à prendre la parole, à devenir décisionnaires
  • Former les membres blancs aux enjeux du pouvoir, du racisme, du colonialisme

Backo le dit sans détour : « On nous refuse certains apprentissages car on est un “public migrant”. On nous ferme des portes. Mais on continue. »

Quand la terre devient arme d’émancipation

Ce qu’Habib, Backo, Koné ou Sambala construisent ensemble, c’est bien plus qu’une ferme. C’est un lieu où les identités mutilées peuvent se réparer. Où le mot “migration” n’est plus synonyme de détresse mais d’initiative, d’intelligence, de vie.

Quand la nuit tombe et que les outils sont rangés, on ne voit plus les ronces. On voit un champ, un fruit possible. Pas offert par générosité. Fruit du courage, de l’organisation, du savoir transmis entre cultures.

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Céleste D.
Céleste D.

Infirmière passionnée, Céleste a consacré plusieurs années à préparer des candidats aux concours infirmiers. Son approche pédagogique et bienveillante fait d'elle une référente dans le domaine. Elle partage ici ses astuces et conseils pour maximiser vos chances de réussite.