Les pompiers nous protègent chaque jour, parfois au péril de leur vie. Mais un autre danger, moins visible, menace leur santé depuis des années : les polluants éternels, ou PFAS, présents dans leur équipement et les mousses d’intervention. L’alerte est claire, les chiffres aussi. Et pourtant, ils continuent d’y être exposés.
Les PFAS, ces intrus invisibles dans la vie des pompiers
Depuis les années 1960, les pompiers utilisent des mousses anti-incendie contenant des PFAS. Ces substances permettent à la mousse de résister à l’eau et à la chaleur, ce qui les rend efficaces… mais toxiques.
Les vêtements d’intervention, comme les vestes et pantalons, sont eux aussi imprégnés de PFAS pour garantir leur imperméabilité. Résultat : chaque intervention, chaque entraînement, devient une source d’exposition.
Et bien souvent, les pompiers ne savent même pas ce que contiennent ces produits. « Parfois, on n’a même pas la fiche technique », explique Sébastien Delavoux, représentant de la CGT-SDIS.
Une contamination prouvée et préoccupante
En mai 2024, une manifestation de pompiers à Paris a permis de réaliser une analyse de cheveux sur 19 pompiers venus de toute la France. Résultat : des PFAS dans 100 % des échantillons, notamment du PFOA, un produit classé cancérogène certain depuis 2023.
Ce n’est pas une surprise. Santé publique France l’a confirmé : entre 2014 et 2016, 100 % de la population en France présentait des traces de PFAS dans le sang. Mais chez les pompiers, les niveaux sont bien plus élevés, selon de nombreuses études menées en Australie et dans d’autres pays.
Ces recherches ont aussi montré que plus un pompier a d’années d’expérience, plus le taux de PFAS dans son sang est élevé. Le lien est direct avec l’usage des mousses.
Des remplaçants pas si inoffensifs
Face à la montée des inquiétudes, l’industrie a commencé à remplacer certains PFAS comme le PFOS. Mais ces substances ont été remplacées par d’autres, telles que le PFHxS ou le PFHxA. Ce sont toujours des PFAS, qui persistent dans le corps pendant plusieurs années, jusqu’à 6,5 ans selon une étude australienne.
Kildine Le Proux de La Rivière, chimiste à l’ONG Générations futures, met en garde : « Même les nouveaux composés posent un problème. Ce n’est pas une vraie solution. »
Une réglementation qui tarde à agir
L’Union européenne commence tout juste à prendre la mesure du problème. Après avoir déjà interdit plusieurs substances, elle prévoit d’interdire les mousses classées Seveso et d’usage industriel d’ici 2029, et d’instaurer une interdiction quasi-totale d’ici 2030, sauf dérogations jusqu’en 2035.
Une concentration maximale sera fixée à 1 mg/L de PFAS, soit 1 000 fois moins qu’auparavant. Mais les stocks anciens sont toujours là. Certains départements possèdent encore plus de 100 000 litres d’émulseurs
Des tenues contaminées, même les plus récentes
Aux États-Unis et au Canada, des décisions ont déjà été prises pour remplacer les anciennes tenues de pompiers imprégnées de PFAS. En France, malgré une interdiction votée en février, des exceptions existent pour les usages militaires et de sécurité civile.
Résultat : les nouvelles tenues contiennent encore des PFAS, comme l’a admis le ministère de l’Intérieur en juin 2024. Pire encore, de nombreux pompiers les lavent eux-mêmes chez eux, exposant ainsi leur famille à ces substances toxiques.
Des sols durablement pollués
Les dégâts ne s’arrêtent pas là. Les émulseurs aux PFAS ont contaminé les sous-sols des casernes, aéroports et bases militaires. Les mousses AFFF, utilisées massivement contre les incendies d’hydrocarbures, sont responsables de 75 % des cas relevés par le Forever Pollution Project.
En avril 2024, l’État français a annoncé vouloir identifier 300 « sites prioritaires » d’ici fin 2024. Mais pour l’instant, aucune liste officielle n’a été publiée. Le coût estimé de la dépollution à l’échelle européenne ? Entre 95 et 2 000 milliards d’euros sur vingt ans.
Et maintenant ? Vers une sortie des PFAS ?
Malgré ces constats accablants, les alternatives restent limitées. Les mousses de remplacement contiendraient elles aussi des substances problématiques, comme des organophosphorés, dont les effets sont encore mal connus.
Alors que les pompiers continuent de s’exposer, souvent sans le savoir, la transition vers des solutions réellement sûres semble longue et complexe. Dans ce combat silencieux contre les PFAS, les soldats du feu sont à la fois les héros… et les victimes.




